"La vitesse est facile. Le contrôle, lui, ne l'est pas."
"En chemin ... " C'est une rubrique où je partage des réflexions sur mon parcours de passionné d'arts martiaux traditionnels. Elève d'abord, enseignant ensuite, et surtout toujours élève ! Rien ici n'a la prétention de prôner une vérité qui s'imposerait à tous.
Cette semaine, je vous propose une maxime, suivie d'un texte, tous deux empruntés à Sumiko Nakano : "La vitesse est facile. Le contrôle, lui, ne l'est pas."
Sumiko Nakano est une jeune femme de 27 ans qui se définit elle-même comme "Onna Bugeisha" (l'équivalent féminin de Samouraî), son ancètre étant justement Nakano Takeko, la "dernière" guerrière du Japon. Une figure historique célébrissime au pays du Soleil Levant.
Pourquoi évoquer cette jeune femme, combattante en MMA, qui excelle en Jiu-Jitsu brésilien, Taekwondo et Kickboxing ?
Et bien justement car avec une expérience qui s'inscrit totalement dans notre époque, le cheminement de Sumiko Nakano l'amène à cette réflexion qu'on prêterait plus souvent aux "vieux c...qui se la jouent sages" des arts traditionnels.
Voici ce qu'elle écrit :
N'importe qui peut aller vite, mais la vitesse sans direction n'est que mouvement.
La vraie question n'est jamais de savoir à quelle vitesse vous allez, mais si votre mouvement vous amène là où il doit être.
Quand c'est le cas, le mouvement devient "silencieux".
Je médite sur cette idée depuis longtemps. Ce n'est pas une décision que j'ai prise un jour ou que j'ai écrite pour faire bonne figure.
C'est quelque chose qui s'est lentement façonné par la répétition, en faisant les mêmes choses encore et encore jusqu'à ce que le corps cesse de se poser des questions et commence à y répondre.
La vitesse est tentante. Elle est visible. Elle attire l'attention. Elle remplit l'espace. Mais la vitesse seule ne dit pas grand-chose.
Il est facile d'aller vite quand on n'est pas responsable de sa destination.
Il est facile de confondre effort et intention.
Le contrôle est moins spectaculaire. Le contrôle ne cherche pas à se faire remarquer. Il attend qu'il y ait une raison de bouger. Et cette attente n'est pas de l'hésitation, c'est de la conscience.
Savoir où l'on est, où se situe la trajectoire et où le mouvement doit aboutir.
Ce que la plupart des gens appellent vitesse n'est souvent qu'une énergie projetée vers l'avant. C'est impressionnant, certes, mais cela ne tient pas compte de la direction.
C'est la direction qui donne de l'authenticité au mouvement. C'est la direction qui lui confère du sens.
Je ne perçois pas le mouvement comme une impulsion corporelle. Il commence plus tôt, par une décision si infime qu'elle en devient presque imperceptible. Un changement de rythme. Une correction de distance.
Le choix de ne pas forcer ce qui fonctionne déjà.
Quand on maîtrise le mouvement, la vitesse change de nature. Elle devient économique. Rien de superflu. Rien de gaspillé. Même dans les mouvements rapides, une étrange sérénité règne en soi, comme si chaque élément savait déjà où il allait, en silence.
Le silence, en ce sens, n'est pas une question de dissimulation ou de retenue. C'est une question de précision. De ne pas avoir besoin d'annoncer ce qui sera évident une fois que ce sera fait.
Il y a là une forme de confiance, mais aussi d'humilité. On laisse le mouvement s'exprimer seulement lorsqu'il a quelque chose d'important à dire.
Il ne s'agit pas d'une philosophie destinée à enseigner ou à convaincre qui que ce soit. C'est simplement ma façon de penser. Une manière d'appréhender les choses qui se révèle peu à peu à mesure que je la médite.
Plus je la simplifie, plus elle devient limpide.
La vitesse sera toujours accessible. La maîtrise demande du temps.
Et lorsqu'elles se rencontrent enfin, le résultat n'est pas plus bruyant : Il est plus discret – et indéniable.
Sumiko Nakano
On conseille toujours en Chi Sao de travailler moins vite, et j'en fais à quelques-uns le rappel presque à chaque séance. Si nous voulons vraiment progresser en profondeur, et pas seulement nous "amuser", suivons les conseils d'une "jeunette de 27 ans" qui a déjà compris l'essentiel !
