"Autrefois, le « grade » se manifestait par les mouvements, la discipline, l'humilité et l'endurance, et non par une ceinture”. "
"En chemin ... " C'est une rubrique où je partage des réflexions sur mon parcours de passionné d'arts martiaux traditionnels. Elève d'abord, enseignant ensuite, et surtout toujours élève ! Rien ici n'a la prétention de prôner une vérité qui s'imposerait à tous.
Voici un court texte emprunté à une école de Karaté très proche des origines okinawaiennes, donc proche des origines chinoises qui retrace l'évolution des arts martiaux
“ Aux débuts du karaté d'Okinawa, il n'y avait ni ceintures, ni grades de couleur, ni tournois. Le karaté n'était ni un sport ni un système de promotion ; c'était une méthode de développement personnel, d'autodéfense et de forge du caractère.
L'entraînement se faisait souvent en privé, parfois la nuit, et les élèves ne mesuraient pas leurs progrès par des certificats ou des titres. Le « grade » se manifestait par les mouvements, la discipline, l'humilité et l'endurance, et non par une ceinture”. Yuchoku Higa
Le système de grades par ceintures est apparu plus tard, sous l'influence de Jigoro Kano (fondateur du judo) à la fin du XIXe siècle, puis a été adopté par le karaté lorsqu'il a commencé à se répandre au Japon continental au début du XXe siècle.
Avec l'organisation du karaté et son intégration dans les écoles et les universités, la structure, les uniformes et les grades ont facilité la gestion des grands groupes.
Mais de nombreux maîtres d'Okinawa, notamment ceux liés aux systèmes traditionnels rigoureux comme le Goju-ryu, estimaient que ce changement avait modifié la mentalité de l'entraînement. L'accent s'est progressivement déplacé de la maîtrise à vie vers la promotion, le statut et la comparaison. C’est pourquoi cette citation est si marquante :
Elle nous rappelle que le karaté d’antan privilégiait la profondeur à l’apparence. On s’entraînait pour développer son corps, son esprit et ses capacités de survie, et non pour obtenir la ceinture suivante.
À cette époque, la technique parlait discrètement, mais le caractère était plus éloquent.”)
Qui sont "les anciens" dans une école d'arts martiaux, et quelle est leur importance ?
Je me souviens, dans une vie précédente (il y a dix ans dans l'ancien club) à l'occasion d'une rentrée, des débutants m'avaient confié une grande surprise en découvrant les cours de l'époque : "mais ... où sont les anciens ?" .
Traduction brute de fonderie de "anciens" dans un vocabulaire employé dans certaines écoles : "les cadres", ou encore "les tôliers".
Et comme je n'étais moi-même pas un "ancien", je comprenais tout à fait ce que l'absence de ceux-ci me coutait comme élève et avait comme signification pour l'école.
La qualité d'une école et donc de son professeur s'évalue par la compétence de ses "anciens", et par les progrès qu'ils démontrent.
D'ailleurs, quand les "anciens" partent se former chez mon professeur, un des retours que me fait Thierry est de commenter les progrès de mon école.
Cette notion "d'ancien" est profonde en Asie : Qu'on parle du Sempai au Japon ou du Sihing en Chine, l'idée est la même : c'est celui qui a marché sur le chemin juste avant toi.
Cela ne surprendra personne, la relation est beaucoup plus hiérarchisée dans la culture japonaise que chinoise, mais au delà des nuances, l'idée générale reste la même :
1. Le Sempai (Sempaï) : L'aîné japonais
Le terme vient de Sen (avant) et Hai (compagnon). Le binôme indissociable au Japon est le rapport Sempai / Kohai (l'ancien et le nouveau).
Le Sempai n'est pas le professeur, c'est un élève plus gradé ou plus ancien qui sert de guide. Il aide le débutant à mettre son kimono, à comprendre l'étiquette du dojo et à corriger les détails techniques de base.
Ce n'est pas qu'un titre de gloire. Le Sempai a le devoir de protéger et de conseiller le Kohai. En retour, le Kohai lui doit respect et écoute.
La mentalité : C'est une hiérarchie verticale issue du confucianisme qui structure toute la société japonaise (école, entreprise, etc.).
Le terme vient de Sen (avant) et Hai (compagnon). Le binôme indissociable au Japon est le rapport Sempai / Kohai (l'ancien et le nouveau).
Le Sempai n'est pas le professeur, c'est un élève plus gradé ou plus ancien qui sert de guide. Il aide le débutant à mettre son kimono, à comprendre l'étiquette du dojo et à corriger les détails techniques de base.
Ce n'est pas qu'un titre de gloire. Le Sempai a le devoir de protéger et de conseiller le Kohai. En retour, le Kohai lui doit respect et écoute.
La mentalité : C'est une hiérarchie verticale issue du confucianisme qui structure toute la société japonaise (école, entreprise, etc.).
2. Le Sihing (ou Shixiong) : Le grand frère chinois
Dans les arts martiaux chinois (Kung Fu), on ne parle pas de "club", mais de famille (Wulin).
Sihing (en cantonais) signifie littéralement "Frère aîné de pratique".
Dans cette famille, les élèves anciens sont les Sihing (grands frères) ou Sijie (grandes sœurs).
Les nouveaux sont les Sidai (petits frères) ou Simui (petites sœurs).
Dans les arts martiaux chinois (Kung Fu), on ne parle pas de "club", mais de famille (Wulin).
Sihing (en cantonais) signifie littéralement "Frère aîné de pratique".
Dans cette famille, les élèves anciens sont les Sihing (grands frères) ou Sijie (grandes sœurs).
Les nouveaux sont les Sidai (petits frères) ou Simui (petites sœurs).
Contrairement au Japon où le grade (ceinture) prime souvent, en Chine, c'est l'ordre d'entrée dans l'école qui compte. On est "aîné" pour la vie. C'est la même chose au Vietnam.
Pourquoi ce rôle est crucial ?
Ces figures servent de pont en aidant le professeur auprès des autres élèves : Ils montrent aux débutants ou moins expérimentés ce qu'il est possible d'accomplir avec quelques années de travail constant, tout en faisant part de leurs expériences et des difficultés qu'ils ont pu connaître.
Ces figures servent de pont en aidant le professeur auprès des autres élèves : Ils montrent aux débutants ou moins expérimentés ce qu'il est possible d'accomplir avec quelques années de travail constant, tout en faisant part de leurs expériences et des difficultés qu'ils ont pu connaître.
Si le professeur est la boussole, le Sempai ou le Sihing est celui qui vous tient la main pour vous aider à ne pas trébucher sur les premières pierres du chemin.
Les "anciens" ne sont pas des professeurs : ils sont à la fois l'expression du niveau d'une école et la démonstration pour ceux qui connaissent des difficultés que "c''est possible".
Au-delà des questions de dates ou d'expérience, les "anciens" sont également l'expression vivante de l'histoire d'une école, de sa culture, de ses valeurs.
Dans quelques semaines, notre école fêtera ses 5 ans (on en reparlera à ce moment)
- Il y a 5 ans, nous étions 5 élèves, sans encadrement. Ils sont toujours là.
- Lao Long est né en plein Covid, à ce moment compliqué, certains nous ont rejoint, la plupart sont partis. Deux sont restés.
Ce sont "les anciens" : notre école existe grâce à la confiance qu'ils ont donnée quand rien à priori n'incitait à être très rassuré concernant l'avenir de notre pratique. C'est donc une question de calendrier, et plus encore !
Je l'espère, beaucoup d'entre-vous apprendront la 2e forme, puis la 3e, etc ... C'est une question d'entraînement, de motivation, et d'évolution technique, et c'est vraiment très bien !
Quelques-uns démontreront bien plus qu'une simple maîtrise technique ! Des qualités de cœur qui, se manifestant au fil des années, feront d'eux ou d'elles des "grands frères" ou des "grandes sœurs". Notre plus grande richesse : l'âme de notre école.
