La compétition ? Pas pour nous !
“La compétition ne nous intéresse pas, c’est notre choix : personne ne nous enferme. Ni dans des règles, ni dans une cage !”
La compétition dans les “sports de combat” fait partie de notre paysage, avec son lot de champions hyper entraînés et de pratiquants plus anonymes mais sincères dans leurs engagements. Ils méritent un profond respect. Pour autant, voici les raisons pour lesquelles la compétition sportive ne nous intéresse absolument pas au sein de Lao Long.
La compétition modifie les armes naturelles et la préhension en appauvrissant le répertoire technique.
Le port des gants, même de type “mitaine” et des protections modifie en profondeur la dynamique de frappe et de saisie. En effet, le Wing Chun s'appuie énormément sur des techniques de main ouverte (Biu Jee, Fak Sao, Lap Sao, contrôles du poignet).
Dégradation de la précision des trajectoires. Le rembourrage et la forme du gant entravent la précision du contact et empêchent les frappes ciblées sur des zones souples ou réduites.
Les trajectoires rectilignes du Wing Chun sont modifiées : la protection pousse naturellement à privilégier des trajectoires circulaires ou plus amples pour contourner une garde fermée.
“Brouillage du feeling” (prise d'information tactile altérée) : les qualités développées à travers le Chi Sao, tout en sensibilité, basées sur la lecture des pressions adverses passent par un contact direct de la peau. Le cuir et la mousse isolent les récepteurs sensoriels du poignet et de l'avant-bras.
L’environnement (cage, ring) entraîne une modification des déplacements :
Un espace vaste et dégagé favorise le travail d'appels à distance, le sautiller (footwork de boxe/karaté) voire le “sautiller sur une jambe (Tae Kwon Do) et les grands déplacements. Certaines techniques au sol sont envisageables sur le sol bien lisse d’un ring, bien moins sur du béton ou du goudron (ça pique !)
Le travail de jambes du Wing Chun (Yi Jee Kim Yeung Ma, déplacements courts et ancrés) est conçu pour préserver le centre de gravité et fermer les angles dans des espaces restreints ou instables.
Le cadre réglementaire impose une restriction des zones cibles, avec pour conséquence une modification du rapport risque/récompense :
On frappe pour marquer des points, on ne gère pas une situation critique pour sauver sa peau.
Réguler un combat nécessite d'interdire les zones de frappe à haut risque d'infirmité ou de létalité, ce qui redistribue la valeur théorique des techniques. Par exemple,dans les Bujutsu japonais, “Ippon” signifiait “coup mortel”. Dans le cas du Judo en tant que sport de masse, pour assurer la sécurité des pratiquants lors des compétitions, les techniques réellement létales ont été (heureusement) interdites. Donc “Ippon” en compétition a maintenant le sens de “coup mortel mais pas vraiment dangereux en fait”.
Cela invalide une grande partie du répertoire technique d’un art martial : de nombreuses réponses du Wing Chun visent la gorge, les yeux, les cervicales, les carotides, les genoux ou les parties génitales. En Wing Chun, on frappe avec (relativement) peu de puissance, mais avec une recherche de la plus grande efficience possible. Une fois ces cibles exclues par le règlement, l'efficacité relative de certaines structures de garde ou de déplacements baisse drastiquement face à des frappes de puissance conventionnelles.
En compétition, “sautiller sur une jambe” pour essayer d'enchaîner des coups de pied le plus haut possible avec l’autre jambe peut faire monter le “compteur de points”. C’est d’ailleurs ce que les “vieux maîtres coréens” regrettent dans le Tae Kwoon Do “moderne” devenu discipline olympique. C’est une stratégie adaptée à la compétition, pas en dehors du ring.
En combat libre réglementé, encaisser un coup au visage (le poing de l’adversaire protégé par un gant) pour descendre sous la ligne placer un takedown (“amenée au sol”) est une stratégie acceptable. C’est là aussi adapté à la compétition.
Le combat sportif valorise le nombre de touches, une dominante “spectacle”. Avec le succès du MMA, ce fameux takedown, stratégique pour marquer des points auprès des juges, est de plus en plus valorisé. Cette technique serait beaucoup moins “stratégique” si une fois votre adversaire soigneusement contrôlé au sol, vous vous retrouviez avec 4 ou 5 de ses petits camarades autour de vous à vous distribuer des coups de pieds. Ou plus simplement, si votre adversaire, sur lequel vous étalez votre poids avec amour, avait le droit … de vous mordre la cuisse, ou de vous écraser les testicules !
Pas à l'abri d'une morsure ...
Il faut donc comprendre que cette logique de comptage de points modifie les priorités techniques par rapport à un art orienté sur la neutralisation directe de la menace.
En Wing Chun traditionnel, l'hypothèse de départ est qu'un coup porté sans protection à une zone vulnérable peut mettre fin au combat immédiatement, ce qui interdit de "prendre un coup pour en donner un". C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en appliquant à la lettre les principes du Wing Chun, on se verrait rapidement sanctionné par l’arbitre pour “manque de combativité”. (Et pourtant, attendre la faute de l’adversaire est une stratégie valable : quand vous lui avez “plié” le genou, il sautille moins).
On ne se prépare physiquement et mentalement de la même manière : le format ritualisé par rounds et l'arbitrage influencent l'intention martiale.
La compétition impose de gérer son effort sur 3 à 5 rounds de plusieurs minutes, ce qui suppose un entraînement cardio destiné à gérer une situation à haute intensité, avec des périodes de récupération”. On s'entraîne à frapper lourdement et à encaisser des coups sur une longue durée.
Le rythme du Wing Chun est fondamentalement différent car on vise une résolution quasi immédiate lors de la rupture de distance (simultanéité attaque/défense). Pour mieux comprendre la différence, imaginez que vous êtes “coincé” (sans fuite possible), les mains vides, et que vous êtes attaqué par une personne armée : les statistiques sont contre vous, la prise de risque est maximale si vous vous approchez de l’agresseur et vous n'aurez pas deux “chances” de vous en tirer s’il avance sur vous.
En conclusion, chacun fait ce qu’il lui plait, chacun se passionne pour ceux qu’il admire : l’essentiel est de percevoir les limites de ce qu’on fait. L’immense Mike Tyson lui-même s'est fracturé une main en 1988 lors d'une bagarre de rue : pas de gants, pas sur un ring ! Même Superman craint la kryptonite.
Respectons chaque discipline : beaucoup critiquent sans strictement rien savoir de ce qu’ils commentent (compte tenu des moyens de communication disponibles, le défaut d’information tient de la paresse ou de la malhonnêteté intellectuelle, quand ce n’est pas des deux à la fois). C’est l’époque qui veut ça et c’est bien regrettable.
Il y a de la place pour tout le monde. Le plus important c’est que chacun assume ses choix de pratiques en comprenant bien que la cohérence dans une discipline est la clé de l’efficacité dans le contexte auquel elle est destinée.
Ce qui est clair concernant Lao Long, c’est que rien ne nous destine au sparring ou à la compétition. On fait un truc pas à la mode : personne ne nous met en cage ! Et si de votre côté vous aimez les octogones, les gants et les gladiateurs des temps modernes … c’est bien aussi ;-)
